En 1983, j’ai publié mes premiers poèmes, dont un poème sur une poule, qui est devenu le livret d’un film-opéra, L’œuf sans coquille, que j’ai réalisé à Paris bien des années plus tard (1994), dans lequel je mets en scène Jean Rouch dans le rôle d’un valet tirant un poulet empaillé sur une plate-forme à roulettes. Lors du tournage du film, dans la cour de l’ancien asile du Kremlin-Bicêtre, près de Paris, Jean a regardé une racine d’arbre dans le sol et a dit qu’elle ressemblait à un clitoris. Il a ensuite déclaré que les crêtes des poules était leur clitoris. Il en a conclu que tout fétichisme est une question de sexualité. J’étais occupé à filmer à ce moment-là et je n’ai pas pu poursuivre la conversation. Les anciens Sumériens avaient de nombreux mots pour décrire les humeurs des poulets.
Lorsque j’ai quitté l’Afrique du Sud, ma poule, Flabelula, a été confiée aux parents de Margie, à la campagne, et c’est probablement là qu’elle a atterri dans une marmite. Juste avant de quitter l’Afrique du Sud, j’ai réalisé mon premier film sur les poules, Chicken Movie. Cluck ! La bande sonore est composée de bruits de poulets pour parodier le déroulement des différentes scènes. J’ai laissé le fétichisme de poules derrière moi lorsqu’un jour, une femme m’a appelé du sud de la France pour me demander si j’étais la femme au poules. J’ai répondu par la négative, et ce fut la fin de la période des poules.
Cependant, lorsque j’ai vécu pendant sept ans avec le chef d’Etanga et sa famille dans le nord-ouest de la Namibie, j’avais toujours des dizaines de poulets qui couraient autour de mon campement, avec des poussins qui suivaient, et j’adorais ça, les corps jetés en avant dans une quête de toujours plus.
C’est tout, c’était une période qui me permettait d’exprimer certaines idées, directement ou indirectement à travers l’imagerie des poules. Ce n’est plus le cas.
In 1983, I published my first poems, of which a Chicken Poem, which later became the libretto for a film opera, An Egg with no Shell, I would make in Paris many years later (1994), which features Jean Rouch as a valet drawing a stuffed chicken on a wheeled platform. During the production of the film, in the courtyard of the old Kremlin Bicêtre asylum near Paris, Jean looked at a tree root in the ground and said, it looks like a clitoris. He then said the crest of chickens are their clitoris. And concluded that fetishism is about sexuality. I was busy filming at the time and could not pursue the conversation further. The ancient Sumerians had numerous words to describe chicken moods.
When I left SA, my pet chicken, Flabelula, was given to Margie’s parents in the country side, and there she probably landed up in a pot. Just before leaving SA, I made my first chicken film, Chicken Movie. Cluck! The sound track is made of chicken sounds as a parody to the unfolding of the different scenes. I left chicken fetichism behind me when one day a woman called me from the south of France to ask if I was the chicken woman. I said no, and that was the end of chickens.
However, when I was living with the Headman of Etanga and his family in the north west of Namibia for seven years, I always had dozens of chickens running around my camp, with chicks to follow, and I loved it, the bodies thrown forward in a quest for always more.
That is all, it was a period, that allowed me to express certain ideas, directly or indirectly through chicken imagery. No more.
k éditeur –
Un véritable cinépoème